Le RNDDH dénonce des dérives policières et judiciaires graves sur l’île de la Gonâve

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) tire la sonnette d’alarme sur la situation des institutions judiciaires et policières de l’île de la Gonâve. Dans un rapport rendu public le lundi 17 août 2026, l’organisation presse le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) et le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) d’intervenir en urgence face à un dysfonctionnement chronique de la chaîne pénale, aggravé par des accusations récurrentes de corruption et des cas d’exécutions sommaires.

Selon le RNDDH, le Tribunal de première instance de la Gonâve, créé le 2 septembre 2024, n’a toujours pas été installé, malgré la rénovation de son bâtiment financée par une collecte de fonds de la communauté insulaire et de la diaspora. Les deux tribunaux de paix de l’île, à Pointe-à-Raquette et à l’Anse-à-Galets, ainsi que les commissariats correspondants, fonctionnent dans des conditions que l’organisation qualifie d’extrêmement préoccupantes : bâtiments non alimentés en électricité, absence de matériel de bureau et de moyens de déplacement, personnel judiciaire et policier en sous-effectif chronique.

Le rapport documente plusieurs cas où des prévenus impliqués dans des affaires graves ( viols, assassinats, appartenance présumée à des groupes armés) auraient recouvré leur liberté après versement de pots-de-vin aux forces de l’ordre. Des chauffeurs de moto et de véhicules seraient également soumis à des extorsions systématiques par certains agents.

Des violations graves documentées

Le RNDDH revient en détail sur plusieurs incidents survenus entre novembre 2025 et juillet 2026. Le plus grave concerne l’exécution sommaire, le 22 février 2026, d’Angelo Adonis, dit Toutou, tout juste libéré du commissariat de Pointe-à-Raquette, et de Félix Joseph, coordonnateur de la vice-délégation d’Anse-à-Galets/Pointe-à-Raquette, tués tous deux par un agent de police à Marotière. Le policier mis en cause a été isolé et son dossier transmis à l’Inspection Générale de la PNH.
L’organisation évoque aussi la bastonnade, en mars 2026, de plusieurs habitants d’Anse-à-Galets par des agents de l’Unité départementale de maintien de l’ordre, ainsi que le décès, fin juin 2026, d’Adriano Fuse Aimé après son arrestation et des sévices infligés en détention. Un autre cas, celui de Dunga Oscar, illustre selon le RNDDH une pratique consistant à contraindre des personnes battues par la police à signer, comme condition de leur remise en liberté, des rapports les présentant comme responsables de rébellion.

Le CSPN et le CSPJ interpellés

Pour le RNDDH, cette accumulation de dysfonctionnements et d’abus ne pourra que s’aggraver tant que les deux instances de supervision, CSPN et CSPJ, n’exercent pas un contrôle effectif sur le personnel policier et judiciaire déployé sur l’île. L’organisation dénonce également le refus des autorités étatiques de doter les institutions de la Gonâve en équipements adéquats, malgré des réquisitions répétées.

•   l’établissement d’un rapport formel sur le fonctionnement de la justice et de la police sur l’île ;
•   la certification et le renforcement du personnel judiciaire des tribunaux de paix ;
•   la dotation des tribunaux et commissariats en matériel de bureau, en équipements policiers et en moyens de déplacement ;
•   l’installation effective du Tribunal de première instance de la Gonâve, dès la rentrée judiciaire prévue le premier lundi d’octobre 2026.

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