Le <<Pati Sèvitè Ayisyen>> lance ses activités à Ouanaminthe avec un vaste programme de transformation nationale

Une nouvelle formation politique a fait son entrée sur l’échiquier haïtien. Le Pati Sèvitè Ayisyen (PSA) a officiellement lancé ses activités samedi à Ouanaminthe, dans le département du Nord-Est, lors d’une cérémonie ayant réuni des délégations venues de plusieurs communes du département, d’autres régions du pays, ainsi que des représentants de la diaspora haïtienne.

Prenant la parole lors du lancement, Wideline Pierre a présenté le PSA comme une formation engagée dans la transformation économique et sociale d’Haïti. Le parti affirme vouloir « aiguiser la conscience populaire » et favoriser une mobilisation collective autour d’un changement structurel du pays. Selon Mme Pierre, l’unité nationale et l’organisation de la population occupent une place centrale dans cette démarche, résumée par un appel à construire ensemble une « voie de délivrance » pour la nation. Le parti considère cette mobilisation comme un préalable à une participation accrue de la population dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques.

Sécurité: quatre axes de réponse proposés par le PSA

Face à la crise sécuritaire qui continue d’affecter le pays, le Pati Sèvite Ayisyen (PSA) articule sa réponse autour de quatre axes principaux. Le parti met d’abord l’accent sur la création de richesse comme levier de lutte contre l’insécurité, estimant que la génération d’emplois dans le pays constitue un rempart contre le recrutement dans les groupes armés. Il plaide ensuite pour le renforcement de la justice et des forces de sécurité, appelant à consolider leurs capacités d’action. Le PSA insiste également sur la nécessité de bloquer l’entrée d’armes et de munitions sur le territoire national, un enjeu régulièrement pointé du doigt par les autorités et les organisations internationales dans l’analyse des causes de la violence armée. Enfin, le parti met en avant l’encadrement de la jeunesse à travers un service civique et communautaire, présenté comme un axe de prévention à long terme.

Le PSA propose une réorganisation du système sanitaire national autour d’une approche communautaire et de la couverture sanitaire universelle, structurée en trois niveaux de soins articulés à l’enseignement et à la recherche. Le programme prévoit la gratuité des soins primaires et des médicaments essentiels, la numérisation de la gestion sanitaire, l’amélioration des conditions de travail du personnel médical, ainsi que des mesures incitant au retour des professionnels de la diaspora. Le premier niveau, composé de dispensaires et de centres communautaires, devrait absorber entre 70 % et 80 % des besoins sanitaires. Le parti prévoit également un réseau de pharmacies publiques distribuant gratuitement 150 médicaments essentiels, dans le cadre d’une stratégie décennale visant à réduire la mortalité infantile et maternelle.


L’éducation figure parmi les priorités majeures du PSA, à travers un programme baptisé « Vision 2035 ». Le diagnostic du parti s’appuie sur des données précises : 18 241 établissements scolaires recensés en 2024-2025, dont 82 % relèvent du secteur non public, pour plus de 4 millions d’élèves scolarisés. Le taux de réussite au baccalauréat unique de 2025 s’est établi à 44,96 %, avec d’importantes disparités entre zones urbaines et rurales. Le PSA estime en outre qu’environ 60 % des enfants en deuxième année du fondamental ne maîtrisent pas les compétences minimales de lecture.

Le programme articule sa réforme autour de huit axes stratégiques, déployés en deux phases entre 2026 et 2035, incluant la scolarisation universelle et gratuite, un curriculum bilingue créole-français, la professionnalisation des enseignants et la création de cantines scolaires. Le parti vise un taux net de scolarisation primaire de 96 % en 2031, avec la construction ou la réhabilitation de 500 écoles primaires publiques. Il propose également une université d’État de pleine capacité dans chacun des dix départements et douze centres de formation professionnelle ENAFOP d’ici 2031.

Sur le plan financier, le PSA entend porter les dépenses publiques d’éducation à 20 % du budget national et 6 % du PIB d’ici 2035, avec un audit externe annuel du budget éducatif. Pour la période 2027-2031, le coût de ses réformes est évalué à 1,7 milliard de dollars, financé notamment par la lutte contre l’évasion fiscale, la coopération internationale et la contribution de la diaspora. Le parti prévoit un suivi rigoureux via cent engagements mesurables, faisant l’objet d’un rapport annuel devant le Parlement et la société civile.

Agriculture et environnement au cœur du projet

Le PSA accorde également une place importante à l’agriculture, envisagée comme un système intégré reliant sols, cultures, élevage, transformation agroalimentaire et financement, dans une optique de souveraineté alimentaire. Cette orientation est résumée par le slogan « Pati Sèvitè Ayisyen, Pou Yon Agrikilti Dirab! »

En matière environnementale, le parti s’appuie sur des orientations datant de 2007 et prévoit la production de 1,92 milliard de plantules sur cinquante ans, avec pour objectif de porter la couverture forestière de 1,5 % à 50 % du territoire national à vocation forestière sur la même période.

Un projet politique de long terme

À travers l’ensemble de ces axes, le Parti Sèvitè Ayisyen présente son programme comme une stratégie globale articulée autour de l’unité nationale, de la mobilisation citoyenne, de la réforme des services publics, du développement agricole, de la protection de l’environnement et du renforcement du capital humain. Avec ce lancement à Ouanaminthe, le PSA entame une nouvelle étape de son implantation politique et soumet au débat public un projet de transformation à long terme, résumé par sa devise en matière éducative : « Refonder l’École haïtienne, bâtir la Nation. »

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