Kenscoff : le RNDDH dénonce 164 morts et pointe la responsabilité du CSPN

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a rendu public un rapport accablant sur les deux massacres survenus à Kenscoff en juillet et août 2026, faisant état d’au moins 164 personnes assassinées et de dizaines de disparus. Le document, intitulé « Massacres à Kenscoff en juillet et août 2025 : le CSPN livre la population haïtienne sans protection ni défense », a été obtenu par Le Nouvelliste.

Selon l’organisation, seules cinq personnes portées disparues ont pu être retracées à ce jour. Parmi les victimes identifiées figurent vingt-et-une personnes âgées de 65 à 90 ans, trente-six femmes et sept enfants. Le RNDDH précise que de nombreux cadavres ont été retrouvés en état avancé de décomposition, certains n’ayant pu être identifiés et ayant été enterrés sans constat légal. Le rapport fait également état de vingt-trois blessés par balles ou à l’arme blanche, de soixante-et-onze personnes enlevées, ainsi que de nombreuses maisons et véhicules incendiés.

Le rapport dresse, nom par nom, le récit des circonstances de chaque mort. Des maisons incendiées avec leurs occupants à l’intérieur, des habitants abattus alors qu’ils tentaient de fuir, des corps retrouvés partiellement dévorés par des chiens après plusieurs jours d’abandon : le RNDDH décrit une violence systématique visant des cultivateurs, des enfants et des personnes âgées, parfois incapables de fuir en raison de leur handicap. Plusieurs familles ont perdu plus d’un membre en une seule nuit, notamment lors de l’attaque du 7 au 8 juillet et de celle du 23 au 24 août.

Un second massacre annoncé

Contrairement à celui de juillet, dont rien n’indique qu’il ait été anticipé, le massacre du 23 au 24 août présente, selon le RNDDH, plusieurs signes d’une préparation minutieuse : déploiement d’indicateurs par les bandits armés, usage de drones de surveillance. Le responsable du commissariat de Kenscoff aurait pourtant multiplié les demandes de renfort auprès de sa hiérarchie, demandes restées sans réponse.
L’organisation souligne aussi la proximité troublante entre une rencontre houleuse tenue l’après-midi du 23 août entre des membres de la BRICK et des représentants de la mairie de Kenscoff, au cours de laquelle plusieurs brigadiers ont été désarmés, et le déclenchement de l’attaque quelques heures plus tard. Pour le RNDDH, cet enchaînement de faits ne saurait être une simple coïncidence et mérite une investigation approfondie.

Le rapport pointe plusieurs facteurs ayant, selon lui, favorisé l’action des bandits armés : la passivité du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), le désintérêt du haut état-major de la PNH, la circulation d’informations sensibles sur les mouvements des troupes, ainsi qu’une réduction de 60 % du personnel policier affecté à la sécurité de la commune.

Les recommandations du RNDDH

L’organisation appelle les autorités à renforcer durablement les dispositifs de sécurité à Kenscoff, à faire la lumière sur les circonstances des massacres et à déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles. Elle demande également l’implication des Forces armées d’Haïti (FAD’H) dans la sécurisation de la population, l’organisation des funérailles des victimes avec remboursement des frais déjà engagés par les familles, ainsi qu’une assistance financière, médicale et psychologique pour les victimes, leurs proches et les personnes déplacées, assortie d’un accès effectif à la justice et à la réparation.

Inscrivez-vous à notre newsletter quotidienne

Restez informé grâce à notre newsletter hebdomadaire. Abonnez-vous dès maintenant pour ne manquer aucune mise à jour !

[mc4wp_form]

Laissez un commentaire