L’ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, en visite à la base Vertières, remet 500 trousses médicales aux Forces Armées d’Haïti (FAD’H). Un don modeste qui révèle surtout l’indigence et l’incohérence de l’État.
L’ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, visite la base militaire Vertières à Tabarre et remet 500 kits médicaux de premiers secours au haut commandement des FAD’H. L’ambassade parle d’un appui pour les opérations militaires. Les soldats pourront ainsi prodiguer les premiers soins en cas de blessure.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet Phénix. Le programme est financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France. Sur le papier, le geste semble utile. Dans la réalité, il révèle surtout une faillite nationale.
Une générosité qui interroge, une honte pour l’État haïtien
Une trousse de premiers secours coûte environ 3,81 dollars sur le marché international. Faisons le calcul. Cinq cents trousses représentent moins de deux mille dollars. Un État fonctionnel achète ce matériel sans cérémonie. Un État responsable équipe ses soldats sans attendre un ambassadeur. Pourtant, le pays accueille ce don avec gratitude officielle. On parle de coopération stratégique.
Les photos montrent des autorités satisfaites. Le contraste devient brutal. Une armée nationale dépend d’une générosité de poche. On aura tout vu.
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L’État dépense ailleurs et est incapable de financer son armée
Pendant ce temps, l’État dépense des millions dans des missions improductives. Les voyages officiels se multiplient sans résultats tangibles. Les contrats douteux circulent dans les couloirs administratifs. Les budgets de fonctionnement explosent chaque année. Mais l’armée manque de trousses médicales. Le paradoxe devient obscène.
L’État trouve toujours de l’argent pour le superflu. Il reste pourtant incapable d’acheter un simple kit médical. La sécurité nationale commence pourtant par le soin des soldats.

Cette situation engage directement les autorités. Le Premier ministre – Président, seul maître à bord, dirige l’action gouvernementale. Le ministre de la Défense supervise l’institution militaire. Le commandant des Forces Armées d’Haïti administre l’armée au quotidien. Tous acceptent publiquement cette donation minuscule. Personne ne semble percevoir l’humiliation institutionnelle.
Mieux encore, une armée doit garantir la sécurité nationale. Mais elle dépend d’un don équivalant au prix d’un téléphone portable. Au final, ce n’est pas un hasard si le pays est à ce stade. Un pays incapable de protéger ses soldats protège mal ses citoyens.
Le sacrilège de Vertières
Le lieu de la remise aggrave encore le malaise. La base militaire porte le nom de Vertières. Haut lieu de l’histoire nationale. Vertières symbolise la victoire décisive contre l’armée napoléonienne. Ce lieu incarne la dignité et la souveraineté nationales.
Selon l’historien Jean-Pierre Le Glaunec, Vertières représente un espace sacré de mémoire politique. Il rappelle la capacité des anciens esclaves à vaincre une puissance impériale. Ce site incarne une promesse de souveraineté.
Recevoir un don dérisoire sur ce site symbolique relève presque du contresens historique. Les ancêtres ont conquis la liberté avec des moyens infiniment plus modestes.
Une question de dignité nationale
La coopération internationale reste nécessaire dans un État fragile, comme Haïti. Mais la dignité nationale impose certaines limites symboliques. Un gouvernement sérieux équipe d’abord ses propres soldats. Il assure leur santé, leur formation et leur protection. Ce devoir relève du minimum institutionnel.
Vertières rappelle ce principe avec force. Les héros de l’indépendance n’attendaient pas de kits médicaux étrangers. Ils exigeaient la liberté et la souveraineté. Aujourd’hui, le symbolisme de Vertières mérite mieux. Le pays mérite mieux.

