Depuis plusieurs mois, les drones explosifs utilisés dans la lutte contre les gangs armés en Haïti suscitent une vive controverse. Derrière les opérations destinées à neutraliser des chefs de gangs se trouvent aussi des victimes civiles, dont des femmes et des enfants, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.
Au moins 1 243 personnes ont été tuées et 738 blessées lors de 141 frappes de drones menées entre mars 2025 et janvier 2026, indique un rapport publié le 10 mars 2026 par l’organisation Human Rights Watch. Parmi les victimes figureraient au moins 43 civils adultes et 17 enfants, selon les données analysées par l’organisation.
Ces opérations ont été réalisées à l’aide de drones quadricoptères chargés d’explosifs, opérés par des forces de sécurité haïtiennes avec l’appui d’entrepreneurs privés, notamment la société militaire Vectus Global, dirigé par Erik Prince.
Selon l’ONG, certaines de ces frappes auraient visé des individus ne représentant pas une menace immédiate, ce qui pourrait constituer des exécutions extrajudiciaires ou un usage disproportionné de la force au regard du droit international.
Des opérations menées dans des zones urbaines habitées
Les attaques ont été recensées dans plusieurs communes de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, notamment Cité Soleil, Delmas, Tabarre, Croix-des-Bouquets et Pétion-Ville.
Dans ces quartiers souvent contrôlés par des groupes armés, les drones sont utilisés pour cibler des chefs de gangs ou leurs positions. Mais les habitants affirment que ces frappes surviennent fréquemment dans des zones densément peuplées, exposant la population civile aux explosions.
Selon les données compilées par Human Rights Watch, l’intensité des frappes a fortement augmenté fin 2025, avec plus de 40 % des morts recensées entre décembre 2025 et janvier 2026. La moyenne s’élèverait à près de 9 morts par opération, tandis que la frappe la plus meurtrière aurait fait 57 victimes.
Le drame de Simon-Pelé : des enfants parmi les victimes
L’un des épisodes les plus marquants remonte au 20 septembre 2025, dans le quartier de Simon-Pelé, à Cité Soleil.
Ce jour-là, un drone chargé d’explosifs a frappé près d’un complexe culturel où des enfants s’étaient rassemblés pour une distribution de cadeaux organisée par un groupe armé local. L’explosion a provoqué une scène de chaos parmi les familles présentes.
Selon les enquêtes menées par Human Rights Watch et des organisations locales, 10 personnes ont été tuées, dont 9 enfants âgés de 3 à 12 ans. Plusieurs dizaines d’autres personnes ont été blessées, certaines souffrant d’amputations ou de graves blessures causées par des éclats de métal.
Des médecins ayant pris en charge les victimes ont décrit des blessures particulièrement graves, incluant des fractures ouvertes et des amputations traumatiques provoquées par l’explosion.
Ce drame a marqué l’opinion publique et relancé le débat sur l’usage de drones armés dans des zones habitées.
L’utilisation de drones explosifs s’inscrit dans une stratégie sécuritaire mise en place par le gouvernement de transition dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé afin de lutter contre les groupes armés qui contrôlent une grande partie de la capitale.
Selon les organisations internationales, ces opérations seraient menées par une unité spécialisée ou “task force” travaillant avec des contractants privés et bénéficiant d’une autorisation du département d’État américain pour l’exportation de services de défense vers Haïti.
Cependant, plusieurs institutions internationales, dont des responsables des Nations Unies, ont exprimé leurs inquiétudes face au manque de transparence et d’encadrement juridique de ces frappes.
« Rétablir la sécurité en Haïti est essentiel, mais les attaques illégales menées à l’aide de drones armés ajoutent une nouvelle dimension à la violence qui ravage les communautés depuis des années », a déclaré la directrice du programme Amériques de l’organisation, Juanita Goebertus.
Human Rights Watch
L’ONG appelle les autorités haïtiennes à ouvrir des enquêtes indépendantes, à clarifier la chaîne de commandement des opérations et à poursuivre les responsables en cas d’homicides illégaux.




