À cinq jours du cinquième anniversaire de l’assassinat du président Jovenel Moïse, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) hausse le ton. Dans une correspondance datée du 30 juin 2026 et adressée au président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), le magistrat Jean Joseph Lebrun, l’organisation de défense des droits humains dénonce ce qu’elle qualifie de « simulacre d’instruction » et met directement en cause la conduite du magistrat Cyprien Jn F. Denis Pierre, chargé du supplément d’information ordonné par l’arrêt-ordonnance avant-dire-droit du 13 octobre 2025.
Selon le RNDDH, huit mois se sont écoulés sans que le magistrat ait produit son rapport, ni justifié ce retard par une ordonnance prorogative de délai, en violation des articles 7 et 19 de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal. L’organisation rappelle que le juge désigné par la chambre du conseil de la Cour d’appel est tenu aux mêmes règles que le cabinet d’instruction, avec un délai de trois mois pour mener son enquête. Cette absence prolongée d’initiative aurait pour conséquence le maintien de plusieurs personnes en détention préventive au-delà du délai légal.
Le RNDDH pointe également une perquisition ordonnée le 19 mai 2026 par le magistrat Cyprien Jn F. Denis Pierre, confiée à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), visant les locaux de l’organisation ainsi que la résidence privée de son directeur exécutif, Pierre Espérance, dans le cadre de la recherche du carnet de notes du président assassiné. L’organisation affirme que ce document, identifié comme pièce numéro 246 dans l’ordonnance du 25 janvier 2024 du juge Walther Wesser Voltaire, se trouverait déjà en possession de la Cour d’appel de Port-au-Prince, rendant la perquisition selon elle inutile et révélatrice d’une « mauvaise foi caractérisée ».
Le RNDDH évoque par ailleurs une correspondance précédente, datée du 22 mai 2026, par laquelle il avait déjà sollicité du CSPJ un examen des agissements du magistrat à l’encontre de l’organisation et de son directeur exécutif. L’organisation affirme rester convaincue que le magistrat chercherait à instrumentaliser la justice pour faire taire une structure active depuis 1982 dans la défense des droits humains.
La correspondance soulève en outre plusieurs autres griefs : des inculpations fondées, selon le RNDDH, sur de simples appels téléphoniques reçus ou des entretiens avec des parties civiles, la conversion d’inculpés en simples témoins, des rencontres jugées clandestines avec des inculpés au domicile d’un magistrat régulièrement cité dans des affaires de corruption, ainsi que des mandats d’amener émis puis rétractés. Autant d’éléments qui, selon l’organisation, interrogent la capacité du magistrat à mener à terme ce dossier sensible.
Le RNDDH rappelle enfin que le Parquet, en tant que maître de l’action publique, n’a pas interjeté appel de l’ordonnance ayant initié le supplément d’information actuellement en cours, et met en garde contre des excès de pouvoir susceptibles de retarder davantage la tenue du procès.
L’organisation conclut sa lettre en exprimant l’espoir que ces éléments permettront au CSPJ d’avancer dans son propre examen de la conduite du magistrat Cyprien Jn F. Denis Pierre, et de faire la lumière sur la gestion de ce dossier emblématique, cinq ans après l’assassinat du chef de l’État haïtien.




