« Minis touris la fè touris ak entimite l » : la dérive verbale d’un défenseur des droits humains

Dans un pays où la parole publique devrait être maniée avec prudence, certaines déclarations donnent plutôt l’impression d’un concours d’improvisation. La dernière sortie de Pierre Espérance, responsable du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), en est un exemple frappant. Sur Radio Télé Magique 9, il a lancé cette phrase : « Minis touris la fè touris ak entimite l ».

Une formule qui, derrière son ton pseudo-malicieux, soulève surtout de sérieuses questions. Car enfin, que signifie exactement cette déclaration ? S’agit-il d’une accusation ? D’une insinuation ? D’un slogan improvisé pour alimenter les conversations de rue ? Difficile à dire. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une telle phrase, lancée sans preuve ni explication, ressemble davantage à une rumeur de trottoir qu’à une analyse venant d’un responsable d’organisation de défense des droits humains.

Car les mots ont un poids. Dire d’une femme occupant une fonction publique qu’elle « fè touris avèk entimite l » n’est pas une critique politique. Ce n’est pas non plus une enquête. C’est, au mieux, une insinuation grave ; au pire, une attaque personnelle aux relents sexistes.

Faut-il comprendre que la ministre aurait obtenu son poste grâce à des faveurs sexuelles ? Si tel est le sous-entendu, où sont les preuves ? Où sont les faits ? Où est l’enquête ? Dans un État de droit, les accusations publiques ne devraient pas reposer sur des sous-entendus, encore moins lorsqu’elles touchent à la dignité d’une personne.

Et puis, si l’on suit la logique implicite de cette phrase — logique déjà discutable — une autre question surgit : depuis quand la vie intime d’une femme constitue-t-elle un argument politique ? Depuis quand un responsable d’organisation de droits humains se transforme-t-il en commentateur de l’intimité d’autrui ?

Ironiquement, cette sortie pose un problème exactement inverse de celui que prétendent combattre les organisations de défense des droits humains. Car réduire une femme à son intimité pour expliquer sa présence dans une fonction publique revient précisément à reproduire les vieux réflexes machistes que la société tente de dépasser.

Plus troublant encore est le silence relatif qui entoure cette déclaration. Dans un contexte où les organisations féministes dénoncent régulièrement — et à juste titre — les propos sexistes dans l’espace public, l’absence de réaction forte face à cette sortie interroge. Faut-il comprendre que certaines paroles deviennent acceptables lorsqu’elles proviennent de figures influentes de la société civile ?

La question mérite d’être posée : jusqu’où peut-on aller au nom du militantisme ?

Pierre Espérance est souvent présenté comme une voix importante de la défense des droits humains en Haïti. Justement pour cette raison, ses paroles devraient être mesurées, étayées et responsables. Lorsqu’une personnalité occupant une telle position choisit l’insinuation plutôt que l’argument, elle affaiblit non seulement sa crédibilité, mais aussi celle des causes qu’elle prétend défendre.

Car défendre les droits humains ne consiste pas à dire tout et n’importe quoi au micro. Cela exige rigueur, respect et responsabilité.
Sinon, la défense des droits humains risque de se transformer en simple tribune pour les rumeurs, et cela, pour une organisation censée protéger la dignité des personnes, serait un étrange paradoxe.

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